Conférence de Monsieur Heinz-Hermann ELTING

Du Traité de Versailles à la Pax Schuman

ou les suites des armistices de Compiègne, 1918 – 1940

par

Heinz-Hermann ELTING

avec la participation d’Armelle ELTING – de LABARRE

Conférence donnée le 29 novembre 2010, au Centre culturel français de Luxembourg [[1]]

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Heinz-Hermann Elting a inauguré les nouveaux locaux du Centre culturel français avec une conférence sur les prémices de la construction de l’Europe, organisée par l’Association des Français en Fonction dans les Institutions Internationales au Luxembourg (AFFIL).

L’assistance fut nombreuse malgré la tempête de neige qui paralysa une partie du Grand-duché ce soir là. MM Viallon et Petersheim ont présenté le conférencier et remercié le Centre culturel français pour son accueil.

Pour clôturer cet évènement, M. Guérin-Jabbour, Directeur du Centre Culturel Français a chaleureusement offert une coupe de champagne.

Résumé :

Le Traité de Versailles, (7 mai 1919), est appelé, par Georges Clemenceau, la « deuxième paix de Versailles », en référence au Traité de Francfort, réglant la guerre franco-prussienne de 1870 – 1871 et la création, le 18 janvier 1871, à Versailles, du « deuxième Empire allemand ». La « première paix de Versailles », dictée par Bismarck, impose à la France des réparations financières jugées « colossales » à l’époque et d’accepter l’annexion, par l’Allemagne, de l’Alsace et de la Lorraine. La France, humiliée, va préparer la revanche. L’attentat de Sarajevo sera le prétexte attendu pour la déclaration de guerre.

En 1919, la « deuxième paix de Versailles » s’appuie sur 14 points que nous devons au Président américain Woodrow Wilson. Le Traité de Versailles est tout, sauf un traité de paix. Il intime à l’Allemagne de désarmer, à libérer les territoires envahis, à restituer l’Alsace et la Lorraine à la France, à renoncer à ses colonies, à reconnaître l’internationalisation de ses fleuves, à perdre la propriété de ses brevets et à payer les réparations qui s’imposent. Cette « deuxième paix de Versailles » est toute aussi humiliante pour l’Allemagne qu’elle le fut pour la France en 1871. Le non respect des 14 points et le sentiment le l’opinion publique allemande d’avoir été trompée sont une des raisons de l’échec de la paix, De plus, tous les États signataires n’ont pas ratifié le Traité de Versailles

En 1933, le « visionnaire des ténèbres », Adolphe Hitler devient le Chancelier de l’Allemagne et avec lui s’installe le IIIème Reich qui va conduire les milieux revanchards, avec le National Socialisme à leur tête, à la Seconde Guerre mondiale avec pour but d’imposer l’hégémonie germanique à l’Europe.

Mais déjà, en 1942, avant la bataille de Stalingrad, Robert Schuman a une autre vision de l’Europe, une fois le National Socialisme vaincu : la « vision de Neustadt », ou l’organisation de l’Europe, sous des formes nouvelles, pour une réconciliation sincère et définitive entre Français et Allemands. En 1945, c’est la capitulation sans condition qui est imposée à l’Allemagne du IIIème Reich. En 1948, à la tribune des Peuples des Nations, Robert Schuman dit, en substance, que l’Europe doit s’unir pour survivre, que les premiers exemples sont déjà donnés, avec la création du Benelux, en 1947, que l’union économique implique la coopération politique. La haine doit être remplacée par la compréhension, la vengeance par la réconciliation et les revanches nationalistes par une paix basée sur la coopération. La construction de l’Europe, menée par Jean Monet et Robert Schuman, voit le jour, étape à étape : le 9 mai 1950 (devenu la date de la Journée de l’Europe), c’est la conférence de la paix, à Paris, ou la « troisième paix de Versailles » et en 1952, avec la création de la CECA, c’est le début de l’Union européenne.

Un nuage pourtant : dans un premier temps, pour Charles de Gaulle, Président de la VIème République, fait savoir à Robert Schuman que c’est la France d’abord. On peut parler de conversion lorsqu’en septembre 1958, il reçoit le Chancelier allemand, Konrad Adenauer et lui parle de la nécessité d’un rapprochement pratique et si possible politique de tous les États européens. Grâce à la Pax Schuman, généralisée et confirmée en 1958, les guerres franco-allemandes sont définitivement terminées.

En 1949, l’Alliance de l’Atlantique Nord et le Conseil de l’Europe sont créés. Robert Schuman s’éteint en 1963. Sa mission est accomplie : les États belligérants, de la « guerre franco-germanique de 80 ans » et des guerres millénaires en Europe, peuvent se retrouver, en paix, dans l’Union européenne.

Le conférencier termine en recommandant la lecture du Traité de Lisbonne « consolidé », publié en 2010.

Marie-Catherine Sergent


[1] In : Luxemburger Wort.. n° 32/2310. 18 nov. 2010 pp. 14-15 / n° 33/2311. 25 nov. 2010. pp. 11-13,